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Le voyage de Lisa

LES RESEAUX SOCIAUX

Qui a l’habitude de voyager sait qu’il arrive toujours un moment où il faut partir. Paulo Coelho a forgé cette maxime pour dire que l’errance, c’est aussi une façon de revenir un jour à l’essence de ce que l’on est…

Je n’apprendrai rien aux voyageurs : on ne sait pas toujours pourquoi on part. On sait seulement que c’est nécessaire. Nécessaire dans le sens où on ne saurait, pour l’année à venir, pour les mois, pour les jours que contiendra l’aventure, s’imaginer vivre autrement. Ce qui est intéressant, c’est qu’on ne saurait pas non plus complètement s’imaginer le voyage lui-même, ce vers quoi on tend, ce qu’on y trouvera, ce qu’on y verra. Il y a ce paradoxe, au centre de tout départ. Un débordement d’imaginaire. Un défaut d’imaginaire.
 

Sur les routes de Patagonie, Chili. La Patagonie chilienne est parcourue par une route de 1240 km traversant plusieurs parcs nationaux du pays, la Carretera Austral.
 

Volcan Osorno, vu depuis le Parc national des chutes de Pétrohué, Chili.


Partir

L’année de mes 20 ans, fin septembre, je suis partie parcourir pendant huit mois et en sac à dos le Brésil, le Chili et la Bolivie. J’avais longtemps rêvé, depuis Maurice, de découvrir le continent sud-américain de cette façon. C’était un de ces projets fantasques à souhait que l’on perd un peu de vue avec le temps et les impératifs d’un parcours que l’on s’obstine à suivre. Mais parfois, parfois et heureusement, le rêve prend forme, le moment est bon, l’envie bien vivante, le cœur à la fois suffisamment sûr de ses attaches et désireux de les surpasser ; on peut partir. Avec la conviction que seul le voyage lui-même pourrait répondre à la question du « pourquoi ».

Je revois les paysages de Patagonie, beaux à repenser le monde, sa taille et ce qu’il contient, à se dire en se couchant le soir : « Si c’était ça le commencement, qu’est-ce que la vie va être belle… » Beaux à en inventer des couleurs en rêve.

Je revois le trajet de trois jours en bateau-bus sur l’Amazone, les ponts bardés de hamacs accrochés tête-bêche qui étaient une forêt à eux tout seuls et dans lesquels chacun de ceux qui voyageaient s’apprêtait à vivre, manger, dormir, nourrir de longues conversations avec le voisin, et regarder passer sous eux le plus grand fleuve du monde et finir par adopter sa langueur, pour la durée de la traversée.

Je revois une procession de femmes boliviennes aux longues jupes colorées et chapeaux ronds avançant en file indienne entre les lignes des plantations de coca, sur des chemins qui n’en sont pas. Elles traversent en zigzag les pentes escarpées de l’île du Soleil, parce que sur cette île où il n’y a que des hommes, des ânes et des lamas, c’est là la seule façon d’atteindre les berges du lac Titicaca. Ce lac doit être atteint si l’on veut pouvoir y laver les vêtements d’une des doyennes du village, partie la veille dans son sommeil pour un de ces lieux que les tapisseries de ce peuple évoquent comme un endroit où, parfois, les chevaux enfantent des oiseaux.
 

Enfant regardant par la fenêtre d’un immeuble à La Paz, capitale de la Bolivie et plus haute ville du monde, située à 3700 m d’altitude.

 

Je revois les visages des enfants dans les villes. Ceux, exaltés, des joueurs de samba dans les bars de Sao Paulo. Ceux penchés aux fenêtres. Ceux des vendeurs dans le marché de Samaipata. Ceux peints sur les murs de Valparaiso. Ceux, reflets infinis du mien, des autres voyageurs, avec leur carapace en toile sur le dos, dans les auberges semées un peu partout sur le continent. Je revois la Bolivie, le Chili, le Brésil, et alors, sans plus l’ombre d’un doute, je sais « pourquoi ».

 

A quelques kilomètres de Valparaiso, la dune de Concón se distingue du reste de la côte rocheuse et des zones urbaines qui l’entourent comme une anomalie du paysage (Chili).

 

Capillas de Marmol, Patagonie chilienne. Ces caves de marbre stratifié se trouvent sur les rives du lac General Carrera et peuvent être explorées en bateau ou en kayak.


Au bout de l'arc-en-ciel

Ile du Soleil, Bolivie. Les habitants de l’île du soleil sont tous de descendance indigène et se revendiquent de cet héritage culturel, encore très vivant dans l’ensemble du pays.

 

Je n’ai pas encore les mots pour parler du retour. Alors j’emprunte pour l’instant ceux de Nicolas Bouvier dans L’usage du Monde : « Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu’on porte en soi, devant cette espèce d’insuffisance centrale de l’âme qu’il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement, est peut-être notre moteur le plus sûr. »
 

Procession funéraire, île du Soleil, Bolivie.

 

Cementario general, La Paz, Bolovie. Les allées des cimetières boliviens sont autant de fenêtres ouvertes sur la vie des défunts, et le lieu des magnifiques célébrations annuelles.

 

Femme sur son balcon, Salvador, Brésil. L’Etat de Bahia et sa capitale sont connus pour le caractère à la fois haut en couleur et nonchalant de leur population.

 

Mère et son enfant lors d’une fête populaire, Recife, Brésil.

Le voyage m’a appris pourquoi j’étais partie. Mais plus précieux encore, il m’a appris qu’un jour, bientôt, je saurai repartir.

 

Autoportrait, Salvador, Brésil. Ecrire pour rapporter des bouquets de projets en bourgeon.

 

Par Lisa Ducasse