The Beachcomber-Hotels website employs cookies to improve your user experience. We have updated our cookie policy to reflect changes in the law on cookies and tracking technologies used on websites. If you continue on this website, you will be providing your consent to our use of cookies.

Content Start

Paul & Virginie: Un mythe plus vrai que nature

LES RESEAUX SOCIAUX

En décembre 1744, le vaisseau le Saint-Géran se fracassait sur les récifs de la côte nord-est de Maurice. 220 personnes y périrent. De ce drame est né un roman à succès, Paul et Virginie. 275 ans plus tard, le mythe et ses personnages sont plus vivants que l’histoire elle-même.
 

Le Saint-Géran, navire de la Compagnie des Indes, quitte la France en mars 1744. À son bord, 12 passagers – dont deux jeunes filles de retour de France où elles étaient parties faire leur éducation –, et 180 membres d’équipage. À ce chiffre vont s’ajouter une trentaine d’esclaves embarqués à l’île de Gorée, au Sénégal. Au terme de 9 mois de traversée, le navire parvient en vue de l’île Maurice, alors île de France. Mais dans la nuit, le bateau talonne les brisants au large du village de Poudre d’Or. Seuls huit matelots et un passager en réchapperont.

Quand Bernardin de Saint-Pierre arrive à l’île de France en 1768, l’île bruit encore du récit de ce terrible naufrage. Rentré en France après deux ans, le jeune capitaine ingénieur du roi écrit Voyage à l’île de France, suivi des Études de la nature en cinq volumes, où apparaît Paul et Virginie. S’inspirant du naufrage du Saint-Géran, Bernardin de Saint-Pierre y déroule une histoire d’amour tragique qui va immédiatement devenir un « best-seller » de la littérature mondiale.

 

Roman pastoral sur fond d’exotisme

Le public se passionne en effet pour ce roman pastoral qui raconte la relation malheureuse entre Virginie, fille de Mme de la Tour, une aristocrate dont le mari a connu la faillite avant de mourir, et Paul, fils de Marguerite, une paysanne bretonne séduite et abandonnée par un gentilhomme. Les deux femmes élèvent ensemble leurs enfants dans une heureuse indistinction, au cœur de la nature accueillante de l’île de France. Mais Mme de la Tour finit par envoyer Virginie en France auprès de sa riche tante. Ayant choisi de rentrer en île de France pour retrouver Paul, Virginie mourra sous les yeux de son bien-aimé dans le naufrage du bateau qui la ramène. Se noyant parce qu’elle a refusé, par pudeur, d’enlever ses lourds vêtements.

Le roman de Bernardin de Saint-Pierre trouve un large écho auprès d’une bourgeoisie qui y voit l’expression d’une morale rousseauiste qui oppose les vertus de la vie de nature à la corruption de la civilisation. Porteur de l’idéologie des Lumières, il suscite des échos chez des écrivains comme Lamartine, Flaubert, Maupassant ou Balzac. Il va aussi inspirer, à travers les siècles, une riche iconographie qui se décline autant en représentations picturales qu’en objets divers, des horloges au papier mural en passant par vaisselle et tapisseries.

Une tombe pour des personnages fictifs

À Maurice, Paul et Virginie semblent faire partie de l’histoire du pays. Peu importe qu’il n’y ait pas eu de Virginie à bord du Saint-Géran, et que Bernardin de Saint-Pierre ait inventé cette histoire d’amour impossible.

À Poudre d’Or, un restaurant Paul et Virginie, qui propose des spécialités de fruits de mer, est longé par une rue Paul et Virginie, menant à la plage du même nom. Là, face à la mer, une stèle érigée en 1944 par la Société de l’histoire de l’île Maurice, proclame : « Au large de cette côte dans la nuit du 17 au 18 août 1744 périt le Saint-Géran dont le naufrage a été immortalisé par Bernardin de Saint-Pierre dans son roman Paul et Virginie ». Et tant pis si le vrai naufrage s’est produit en décembre…

À quelques encablures gît, par 6 mètres de fond, l’épave du Saint-Géran, découverte par des plongeurs en 1964. Divers objets qui y ont été retrouvés, dont la cloche en fonte qui a servi à annoncer aux passagers que le navire coulait, sont exposés au musée naval de Mahébourg.

 

À côté de l’église de Pamplemousses, là où Bernardin de Saint-Pierre a enterré ses deux jeunes héros, une statue des amoureux recouvre ce qui est présenté comme leur tombe.

Étranges lieux, pourrait-on dire, que ceux qui élèvent des personnages fictifs au rang de figures historiques.

 

Mais si certains n’y voient qu’un roman « à l’eau de rose », Paul et Virginie continue sans doute à irriguer l’imaginaire collectif à la fois dans ce qu’il nous dit de l’impossibilité d’un amour pour cause de différences sociales, pour son engagement anti-esclavagiste, et à travers ce qu’il nous enseigne sur ce que fut la richesse botanique de l’île Maurice. Témoignage de réalités qui, au fond, traversent les écueils du temps…

Par Shenaz Patel
Peinture Laval Ng