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Jane Constance: Pourquoi pas?

LES RESEAUX SOCIAUX

Malvoyante, la jeune chanteuse mauricienne, ambassadrice auprès de l'Unesco, est un défi lancé à elle-même et aux autres.

Elle marche le long de la plage, à la lisière de l’écume des vagues. Sa silhouette est gracile, son pas précautionneux. L’équilibre est fragile. Mais rien n’entrave son large sourire quand la vague attendue – mais toujours surprenante – vient lui lécher les mollets. Elle s’agenouille parfois pour caresser la peau de l’eau.  

 

Au grand jour

Jane est l’unique enfant de Françoise et Tony. Elle est née le 16 septembre 2000. Sa mère est institutrice. Son père a créé une fabrique de maquettes de bateaux et joue du piano. « Quand mes parents ont appris que j’étais aveugle à ma naissance, ils ont voulu voir en moi ma capacité à faire des choses au lieu de s’attarder sur mon handicap. J’ai commencé à chanter à l’âge de 5 ans, à étudier le piano à 7 ans... Même si j’ai vite compris que j’étais différente, même si je sentais la gêne et l’inquiétude parfois des gens “normaux”, je n’ai pas voulu vivre cachée, cloîtrée. Au lieu de me dire “Pourquoi moi ?”, je me suis dit “Pourquoi pas ?” », dit Jane d’une voix haute et claire.

Après ses années de primaire dans un établissement spécialisé, Jane entre au collège, où elle passe le baccalauréat cette année. « C’est important pour moi de ne pas me sentir exclue et de communiquer avec les autres. Je vais volontiers vers eux, j’aime les écouter, je suis quelqu’un de très ouvert. Les gens ont souvent peur de la différence et c’est à moi de les rassurer. M’accepter, c’est aussi permettre aux autres de m’approcher », sourit la jeune fille.

 

Un rêve tangible

« Grâce à la musique, j’ai compris que mon handicap ne serait pas un obstacle. »

Sa voix l’a portée sur le devant de la scène. « À huit ans, j’ai commencé à faire des petites salles à Maurice. J’adorais ça ! Ça me faisait du bien d’être félicitée. Bien sûr, je ne pouvais pas voir le public mais j’entendais les applaudissements, je ressentais l’énergie. » La consécration survient en 2015 quand Jane remporte à 15 ans la finale de l’émission The Voice Kids en France. « Alors j’ai su que j’étais à ma place. J’ai senti que grâce à ma voix je pouvais briser les barrières et provoquer des émotions. Grâce à la musique, mon handicap ne serait plus un obstacle. Bien au contraire. J’ai travaillé dur pour réaliser mon rêve. Aujourd’hui je pense que c’est peut-être parce que je suis aveugle que je suis allée plus loin et que j’éprouve la nécessité de me dépasser. » Depuis, Jane a signé deux albums. Dans le premier, À travers tes yeux, sacré disque d’or, elle a composé ce titre manifeste : Change ton regard. « J’ai composé cette chanson pour essayer de changer le regard des autres sur les personnes en situation de handicap. Dire au monde de ne pas nous rejeter. » C’est seulement en 2017, lorsque Jane est nommée Artiste pour la paix auprès de l’Unesco, qu’elle réalise être devenue un exemple pour toutes les personnes en situation de handicap. « Avoir confiance en soi, ne pas renoncer, aller au bout de ses rêves..., c’est le message que je veux porter. »

 

Voir avec le cœur


 

La jeune fille est la fierté de l’île – « mon paradis, tout simplement, dit-elle. Je ressens la douceur de l’île. À l’étranger, que ce soit en France, en Espagne, en Angleterre ou en Inde où j’ai voyagé, il y a une crainte qui n’existe pas ici. Même si j’envisage peut-être d’aller étudier le droit en Europe, je chanterai toujours pour mon île. » Jane est riche d’autre chose. C’est une chance d’être auprès d’elle. « Je ne vois pas le monde avec mes yeux, je le perçois grâce aux sons et aux parfums. Mon île, je la reconnais dans ses odeurs, dans la chaleur du soleil, dans les bruits de la mer et du vent. J’entends aussi sa langue qui chante, le créole... Je ne vois pas les gens, mais je les connais grâce à leur voix. Je peux déceler leur sincérité ou pas. Je pense que c’est une qualité. Souvent l’apparence physique compte beaucoup pour les voyants. Pour moi, ce qui compte c’est tout ce qui est à l’intérieur. »

 

Par Virgine Luc
Photos Nathalie Baetens