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Carl de Souza: Les cyclones de l’histoire

LES RESEAUX SOCIAUX

De roman en roman, l’écrivain plonge ses héros ordinaires dans les tourbillons de l’histoire mauricienne.

De mémoire de Mauricien, le cyclone Carol qui ravagea l’île le 28 février 1960 fut dévastateur. Le pays eut du mal à s’en remettre, d’autant plus qu’un premier cyclone, moins puissant, l’avait déjà frappé un mois plus tôt. C’est cette année-là, 1960, qui donne son titre au sixième roman de Carl de Souza : L’Année des Cyclones raconte à trois voix la saga d’exploitants sucriers du nord de l’île, près du Piton. Une tempête familiale au milieu d’un ouragan, une métaphore de l’individu pris dans les tourbillons de l’Histoire.

 

« L’histoire me fascine »

Carl de Souza aime entrelacer ses intrigues romanesques à l’histoire de son pays. « L’histoire, dit-il, me fascine. » Le Sang de l’Anglais, son premier roman publié en 1993, raconte le sort d’un Allemand déguisé en Anglais à Maurice pendant la Seconde Guerre mondiale. Le suivant décrit la difficile cohabitation dans une même maison de créoles depuis longtemps installés et d’immigrants musulmans récents. Dans Les Jours Kaya, le romancier s’inspire des émeutes sanglantes survenues à Maurice en 1999 après la mort en prison du chanteur rasta Kaya, figure emblématique de la communauté créole. En Chute Libre retrace l’ascension et la déchéance d’un joueur de badminton – sport pour lequel Carl de Souza éprouve depuis sa jeunesse une véritable passion –, avec pour toile de fond les années de la décolonisation.

 

De la biologie à la littérature

Carl de Souza est né en 1949 à Rose Hill. Sa famille paternelle venait de Pondichéry, en Inde, celle de sa mère d’Angers, en France. « Je suis typique de la population mauricienne, venue d’un peu partout, et souvent très métissée. Mon père était officier de police, ma mère institutrice. Elle symbolisait la rigueur, lui était un rêveur sous son uniforme. Ils n’ont cessé de déménager. J’ai passé ma jeunesse au milieu des malles et des meubles de fortune. » Comme ses parents, le jeune Carl lit beaucoup, mais il dévore autant Charles Darwin que Graham Greene. Il part en Angleterre étudier la biologie, discipline qu’il enseigne à son retour à Maurice. « Mais je sentais un divorce dans ma vie entre la rationalité de la science et la rêverie de la littérature, je voulais réconcilier les deux. Alors, tout en continuant d’enseigner, j’ai commencé à écrire des nouvelles. » L’une d’elles lui vaut le prix Pierre Renaud en 1986. Le début de sa carrière littéraire.

 

« L’écrivain a cette chance de pouvoir faire parler les silences. »

 

« Délicieux fantômes »

Comme beaucoup de compatriotes, il a connu la tentation de l’exil, mais « cette question, dit-il, ne me taraude plus ». « Quand on vit sur une île, admet-il, il y a une forme d’enfermement, beaucoup de conflits rentrés et de non-dits. Mais l’écrivain a cette chance de pouvoir faire parler ces lourds silences. Il faut sortir des clichés des dépliants touristiques, il faut décrire le réel de la vie quotidienne des Mauriciens. »

Dans son dernier roman, l’écrivain évoque le sort des Mauriciens qui ont quitté l’île au moment de l’indépendance en 1968 par peur de voir le pays passer sous domination de la population d’origine indienne. Des membres de sa famille sont eux aussi partis s’installer en Australie : « Ils ont une vision dépassée de Maurice et ils ont conservé des traditions d’avant l’indépendance. S’ils devaient rentrer à Maurice, ils auraient du mal à se réadapter. »

Son roman se déroule sur un domaine sucrier du Piton, aujourd’hui disparu. Le grand-père de Carl de Souza y était comptable, et le romancier, qui y venait souvent dans sa jeunesse, en gardait une forte nostalgie. Il y a quatre ans, il est revenu s’installer tout près des ruines de l’ancienne usine. Sur la terre de ses ancêtres, il vit désormais au milieu des banians et des « délicieux fantômes » de son enfance.

 

Par Antoine de Gaudemar
Photos Claude Weber